Les bas-reliefs ou Vierge en Majesté du Mélantois

Seclin - Collégiale St Piat : Bas-relief XIVe ou XVe siècle (Taille 96 cm large / 67 cm haut)
Seclin - Collégiale St Piat : Bas-relief XIVe ou XVe siècle (Taille 96 cm large / 67 cm haut)

Dans la Collégiale Saint Piat de Seclin, on voit aujourd’hui encastré dans le mur est de la salle dit du "Saint Sépulcre", ce bas-relief qui fut vraisemblablement déplacé car Théodore Leuridan mentionne « au côté droit du Chœur, derrière la Sacristie, (…) les restes d’une chapelle funéraire du 14e ou du 15e siècle, dont les arcatures sont du plus beau caractère. La pierre commémorative de cette chapelle où se trouvait un sujet sculpté, est dans un état complétement fruste »1.

 

Son état est très endommagé, un seul personnage barbu est encore visible, à ses pieds quatre à cinq personnages en robe (sexe indéterminé mais vraisemblablement masculin), une Vierge est assise, l’enfant Jésus n’est plus visible.

On décèle tout de même sur la gauche de la scène une colonne torsadée soutenant une arcade aux motifs « végétalisés ». Ça-et-là on peut voir des traces de pigment rouge.

Malheureusement les archives sont quasiment muettes sur les inhumations dans la Collégiale avant le XVIIIe siècle, le nom du commanditaire reste une énigme.

 

Sainghin en Mélantois - Bas-relief / Vierge en Majesté - XVe siècle (crédit : Office de Tourisme Seclin & Environs)
Sainghin en Mélantois - Bas-relief / Vierge en Majesté - XVe siècle (crédit : Office de Tourisme Seclin & Environs)

A Sainghin en Mélantois, au fond du Choeur a été mis à l'abri un bas-relief beaucoup mieux conservé et daté du XVe siècle.

Grâce au texte en-dessous de la scène figurative, on connait l’identité des personnages : sous un dais, avec une perspective qu’encadre un rectangle avec des petites fleurs, on trouve assise la Vierge en majesté sans visage et un enfant Jésus décapité. De part et d’autres, deux personnages debout accompagnés de personnages en prière des deux sexes. Il s’agit de Thomas Marguel (mort en 1442) et de Jeanne Wante avec leurs enfants, avec Saint Jean Baptiste et Saint Thomas3.

Houplin-Ancoisne : Bas-relief / Vierge en Majesté (XVe-XVIe siècle), église St Martin - Classé à l’inventaire le 24 Novembre 1906, puis mis à l’inventaire supplémentaire le 30 Juin 1978.
Houplin-Ancoisne : Bas-relief / Vierge en Majesté (XVe-XVIe siècle), église St Martin - Classé à l’inventaire le 24 Novembre 1906, puis mis à l’inventaire supplémentaire le 30 Juin 1978.

Le chef d'oeuvre du genre (du moins dans le Mélantois) se trouve en l'église Saint Martin à Houplin-Ancoisne. Aujourd’hui placé en haut du linteau donnant accès à la sacristie, il devait être une décoration commémorative d’un monument funéraire.

 

Ici, l’état de conservation est parfait hormis une trace de fissure coupant ainsi cette pierre calcaire qui fut peut être extraite de la carrière d’Emmerin ; une qualité exceptionnelle car on n’y décèle aucune trace de silex. En faisant bien attention, on relève sur le bas de la scène de faibles traces de lettrages peinturés, il y avait donc une dédicace qui malheureusement est trop effacée pour que l’on puisse en savoir plus sur les commanditaires 4.

Pourtant les symboles et l’habillement peuvent être décryptés et ainsi peut-on tenter de la replacer dans une époque que l’on peut estimer être le XVIe siècle.

 

Hans Hemling - Vierge à l'enfant entre St Jacques et St Dominique - huile sur toile - 1485-1490 - Musée du Louvres, Paris.
Hans Hemling - Vierge à l'enfant entre St Jacques et St Dominique - huile sur toile - 1485-1490 - Musée du Louvres, Paris.

 

L’organisation spatiale de la scène n’est pas sans évoquer le splendide travail d’un peintre primitif flamand, Hans Hemling dans une huile sur bois réalisée entre 1485 et 1490, aujourd’hui exposée au Louvre.

 

Cette Vierge à l'Enfant entre saint Jacques et saint Dominique est une première preuve pour dater ce bas-relief houplinois.

Cranach - "La madone aux raisins" vers 1520-25 - Exposé à Munich, Alte Pinakothek
Cranach - "La madone aux raisins" vers 1520-25 - Exposé à Munich, Alte Pinakothek

Une Vierge en majesté tient sur ses genoux l’enfant Jésus et lui présente une grappe de raisin qui semble fort l’intéresser. L’enfant Jésus est comme absorbé par la grappe de raisin. Les Vierges aux raisins sont assez répandues dans les régions vinicoles comme en Bourgogne, mais le Moyen Âge voit un essor à l’échelle européen des terroirs (jusqu’au sud du Danemark) et de la consommation en vin (boisson préférable à une eau douteuse). D’un point de vu uniquement religieux, est-il nécessaire de rappeler la symbolique du vin qui celle de la Résurrection lors de la Cène ? De mentionner que l’on trouve bien placées des feuilles de vigne sur les corps dénudés d’Adam et Eve ou que Noé plante de la vigne dès qu’il met les pieds à terre, la vigne étant là un symbole de Terre promise.

A sa droite, une femme voilée semble la désigner comme une religieuse. A sa gauche, il n’y a que peu de soupçon d’y voir là une représentation du pouvoir temporel : un souverain barbu avec épée et globe orbe. S’agirait-il de Charles Quint ? La numismatique possède des jetons de cuivre avec ce haut personnage étonnement ressemblant avec celui qui nous occupe.

L’origine de cette monnaie de 1587 (posthume car Charles Quint meurt en 1558) est un peu excentrée puisqu’elle fut frappée en Franche-Comté (Besançon), mais cette région tout comme les Flandres faisaient partie intégrante de son vaste empire. D’autres pièces frappées plus près de chez nous, à Bruges entre 1521 et 1556, reprennent la même attitude.

étude de Léda et le Cygne par Léonard de Vinci - 1503-1507
étude de Léda et le Cygne par Léonard de Vinci - 1503-1507

 

Au premier plan, on compte sept religieuses et six frères en prières.

 

Sur la gauche, une dame avec une coiffe natte torsadée qui n’est pas sans évoquer une étude de 1503-1507 de Léonard de Vinci : Léda et le cygne.

 

Jusqu’à la Renaissance, les femmes portaient souvent les cheveux longs, de préférence blonds, mis en chignon et dissimulés dessous une coiffe. Sinon, ils étaient frisés et ondulés. On remarque aussi une partie de son vêtement, des épaulettes bouffantes qui se rattachent à la mode féminine du XVIe siècle.  

Hans Holbein - La Madone de Darmstadt - 1526-28
Hans Holbein - La Madone de Darmstadt - 1526-28

La scène est encadrée par des colonnes à chapiteaux et une voûte où deux anges présentent des blasons sans armes. L’arrière-fond est constitué de coquilles Saint Jacques. Outre la preuve du célèbre pèlerinage (Saint Jacques pourrait être un saint protecteur de la famille), la coquille a une signification portant autant vers la naissance (ainsi Vénus / Aphrodite dans la célèbre toile de Botticelli) que vers la mort (la coquille est tel un sarcophage).

La Madone de Darmstadt de Hans Holbein est elle aussi mise au-devant d’une coquille et date de 1526-28.

 

 

Rédaction et mise en page : Maxime CALIS, Guide-Conférencier - Office de Tourisme de Seclin & Environs - Septembre 2016

 

Notes :

 

1.        LEURIDAN, Chanoine – Histoire de Seclin – Tome 1, p. 367. 

2.        Service Archéologique Seclin – Etudes des archives de Seclin (1) – p.63

3.        Le patrimoine des communes du Nord – Tome 1 - p. 610

4.      Déjà mentionnée comme illisible au XIXe siècle dans Les Notices Descriptives sur les objets mobiliers conservés dans les établissements publics de l'arrondissement de Lille, établi par Mgr Dehaisnes. Le patrimoine de l'église d'Houplin y est mentionné 5 fois.

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