Pierre Antoine Dujardin, un scientifique méconnu de Seclin

Ce scientifique naquit à Seclin, le 3 mars 1809.

 

Fils d’un fermier propriétaire, Pierre Alexandre, né le 14 août 1774, époux de Françoise Vallois (1786-1864), décédé le 3 mars 1862 au n°31 rue d’Arras.

 

Après une thèse de médecine obtenue dans la capitale en 1833, il revint se fixer dans la région, plus précisément à Lille, au numéro 41 de la rue de Béthune deux ans plus tard, puis au 1 rue des Mallefonds.

 

Sa première réussite fut l’application de la vapeur dans l’extinction des incendies. Un procédé qui se verra appliquer aussi bien dans les usines, les manufactures que sur les bateaux.

 

La lutte contre l’incendie est une nécessité. Dans ces temps où les habitations étaient construites à partir de matériaux très inflammables, la lutte était une obsession. Ainsi les nuits, le feu était prohibé, d’où le « couvre-feu ». A Lille au Moyen-Âge, par fortes chaleurs, les citadins se devaient d’avoir à disposition un sceau rempli, disponible à la moindre alerte.

 

Avec le développement dans les centres urbains, de manufactures, ateliers, aux conditions de sécurité précaire, où cohabitent maladroitement matières premières et sources d’énergie, l’incendie est un danger de chaque instant. Dans les filatures de coton, l’air était pollué par de constantes particules de coton, la moindre étincelle pouvait conduire au drame. Les services de lutte contre les incendies ne pouvaient bien souvent que constater une propagation déjà importante des flammes. Dans la nuit du 19 au 20 juin 1823, on signale qu’à Seclin « c’est encore une filature qui a été la proie des flammes. Le feu s’est manifesté à deux heures du matin avec une telle violence qu’il a été impossible de rien sauver : marchandises, métiers, mobiliers, bâtiment, tout est perdu »1. Bien que spectaculaire, les incendies ravagent très majoritairement les habitats.

Violent incendie à Elbeuf en 1870 (Journal Universel l'Illustration)
Violent incendie à Elbeuf en 1870 (Journal Universel l'Illustration)
Benoit Fourneyron (1802-1867)
Benoit Fourneyron (1802-1867)

A Seclin, le service des secours contre l’incendie est créé le 25 Septembre 1828. Cinquante-deux hommes répartis en trois officiers, six sous-officiers, huit caporaux, quatre sapeurs et un tambour. Cette compagnie avait à sa disposition trois pompes.

 

En 1837, Pierre Antoine Dujardin émet cette hypothèse : « l’air étant l’élément unique de la combustion, si, dans une enceinte en proie aux flammes, on dirige une masse suffisante de vapeur d’eau, fluide élastique impropre à la combustion, cette vapeur, chassant l’air atmosphérique et prenant sa place, forme un milieu au sein duquel la combustion n’est plus possible »2.

 

Trois ans passeront. Le 24 Octobre 1840, un violent incendie ravage une filature d’Amiens. C’est alors que l’ingénieur Benoit Fourneyron3 constatant l’inefficacité de la seule pompe, utilisa, d’après la théorie de Dujardin, la force vapeur des trois grandes chaudières. En quelques minutes, l’incendie fut maîtrisé. De la théorie à la pratique, de Dujardin à Fourneyron.

 

N’étant jamais mieux servi que par soi-même, M. Dujardin va communiquer à l’Académie des Sciences, une lettre de M. Edouard-Auguste Desurmont4, filateur de laine et d’étoupes à Seclin en 1852. Lui aussi avait mis fin à un incendie par le biais de la vapeur. Laissons-lui la parole.

 

« Il y a aussi fort longtemps que je suis convaincu de l’efficacité de l’emploi de la vapeur dans les incendies, et, à cet effet, je regardais mes tuyaux de chauffage comme pouvant servir en cas de sinistre à lancer de la vapeur dans mes ateliers. L’été dernier, j’avais démonté un joint à l’endroit le plus convenable pour que l’action de la vapeur eût au besoin un effet plus direct et plus prompt. Le tuyau qui se trouvait à découvert ne présentait qu’une ouverture de 10 à 12 millimètres, et, malgré la petitesse de ce passage, la vapeur est parvenue à éteindre, d’une manière instantanée, les flammes qui étaient déjà répandues sur une surface de 7 à 8 mètres carrés, et qui léchaient les poutres et le plancher à la hauteur de 5 mètres. Notez que les matières en manutention sont, ici, très inflammables, qu’elles font beaucoup de duvet qui se répand dans toutes les parties de la place. Eh bien, j’ai trouvé, après l’incendie, du duvet d’étoupe qui en avait été préservé, quoique se trouvant au milieu des bûches, tellement l’action de la vapeur avait été générale et immédiate ; et ce qui prouve encore plus sa puissance et sa rapidité, c’est que l’incendie s’était déclaré dans ma carderie, qui a une surface de 16 mètres de long sur 9 de large, et 5 mètres de hauteur, et que le petit tuyau qui a lancé la vapeur se trouvait à l’extrémité de la place du côté opposé ou l’incendie s’était déclaré. Aujourd’hui, je n’aurai plus recours à mes tuyaux de chauffage, car j’en ai monté qui n’ont d’autre destination que celle d’éteindre un incendie. Nos confrères, et bien d’autres, feraient bien de m’imiter, et, à mon avis, les assurances devraient leur accorder une grande faveur sur la prime ; elles y trouveraient encore leur compte.

 

J’espère, Monsieur, que ces quelques renseignements, que je vous donne à la hâte, pourront être utiles à l’œuvre que vous poursuivez »5.

 

L’œuvre de Dujardin ne va pas s’arrêter et il va consacrer du temps à l’étude des possibilités électrique dans la communication, à l’amélioration du système télégraphique.

 

Le premier système télégraphique optique, connu sous le nom de Télégraphe Chappe, fut installé en 1803 à Seclin.

 

Claude Chappe, né à Brûlon dans la Sarthe, le jour de Noël 1763, est celui dont l’histoire a gardé le souvenir, mais cette invention est aussi familiale. Avec ses frères, et plus spécifiquement son frère aîné, Ignace, il va créer un système révolutionnaire de communication. Deux bras sont connectés à une traverse ; les bras peuvent avoir sept positions et la traverse quatre. Un système de communication avec 196 positions est donc possible. Placé en haut d’une tour, distancé suivant les cas de 12 à 25 kilomètres maximum, le système Chappe, va après des expériences successives, se voir officialisé en 1794. La première ligne, Lille-Paris va permettre en un temps record, moins de deux heures, de communiquer à la Convention, les victoires françaises en Belgique.

 

Placé au sommet du clocher originel de l’église de Seclin, le télégraphe Chappe assurait la liaison entre l’église Sainte Catherine de Lille et l’église Saint Martin de Carvin. Le nom télégraphe répondait correctement à son étymologie : mot venant du grec, tele (loin) et de graphein (écrire). Ce système connu une grande prospérité, mais comme Napoléon n’y attacha pas toute son attention6, Claude Chappe disparu prématurément le 23 janvier 1805. Certains parlèrent de suicide, il se jeta dans le puits de l’hôtel où il habitait ; d’autres, voit dans cette mort le fruit d’un accident lié à l’ivresse.

 

Le télégraphe optique de Seclin était actionné grâce à deux stationnaires7 jusqu’en 1842. Déplacé alors à Faches-Thumesnil, ce système était déjà dépassé par les avancées techniques liées à l’invention de nouveaux systèmes fonctionnant à l’électricité. Pierre Antoine Dujardin participa à cette évolution technique dès 1837. Il transmit un mémoire à l’Académie des Sciences : Notice sur un nouveau système télégraphique au moyen de l’électricité transmise par de longs conducteurs métalliques, système  fonctionnant par un clavier nommé « pianographe ».  

 

 

Albert-Désiré-Rodolphe Dujardin (1847- 1903), fils de Pierre-Antoine-Joseph, était président du tribunal de commerce de Lille. Créatif comme son père, il inventa diverses machines, comme celles utilisées pour l’extraction du jus de betteraves ou pour la distribution des eaux. L’ironie du sort voulut que cet esprit si perfectionné mourut en se noyant lors d’une baignade dans un étang.

 

Recherche et rédaction - Maxime Calis - Guide-Conférencier - 2018 - Office de Tourisme Seclin & Environs ©

Notes :

 

1. La France chrétienne, journal politique, religieux et littéraire – 1823 – p.396.

 

2. FIGUIER, Louis – De l’utilité de la vapeur d’eau pour éteindre les incendies – Presse.

 

3. FOURNEYRON, Benoit – Né le 1er Novembre 1802 à Saint Etienne. Inventeur d’une turbine hydraulique qui porte son nom ou « roue à pression universelle et continue ». Elle remporta de nombreux prix. Constructeur d’établissement métallurgique, il fit également de la politique et fut élu en 1848 au centre gauche. Il décéda à Paris, le 8 Juillet 1867, alors qu’il venait d’être membre du jury international de l’Exposition Universelle. Il légua 10 000 francs à la Société de Secours des Amis des Sciences, respectant ainsi sa philosophie saint-simonienne.

 

4. DESURMONT, Edouard-Auguste, né à Tourcoing le 31 Janvier 1804. Installe à Seclin, son entreprise de filage de laine et d’étoupes. Il se marie le 21 Octobre 1842 avec Hortense Charlotte DESCLOQUEMANT (1819-1890). Il décède le 12 Octobre 1869 au n°61 rue de Burgault.               

5. Compte-rendu des séances de l’Académie des Sciences - Lundi 8 Novembre 1852 – pages 705-707.

 

6. Ironie de l’histoire, lors du Vol de l’Aigle au printemps 1815, la brume empêcha la communication rapide à Paris de la nouvelle du débarquement de Napoléon, venu de l’île d’Elbe pour reconquérir triomphalement son pouvoir perdu.

7. Louis Joseph Alexandre Dimiez, né le 23 avril 1813 et Louis Jules Isidore Dimiez, né le 11 Septembre 1808 à Tournehem-sur-la-Hem, sont mentionnés comme agents télégraphiques. Louis Jules décédera le 30 Janvier 1868 au n°46 rue de Lille. Son fils, Charles, fruit de l’union avec Virginie Dubois (1812-1872), poursuivit cette activité.