I.H.S : marques de dévotion d'antan

Linteau porte accès salle des malades : IHS (1634) - Hôpital Notre-Dame de Seclin (Crédit : OT Seclin & Environs)
Linteau porte accès salle des malades : IHS (1634) - Hôpital Notre-Dame de Seclin (Crédit : OT Seclin & Environs)

En déambulant dans la cour intérieure de l’Hôpital Notre-Dame de Seclin on ne peut manquer la superbe porte en chêne donnant accès à la Salle des Malades. La clef de voûte vous en donne la date : 1634. Outre les trois représentations du trumeau (partie centrale de la porte – Saint Roch, Saint Joseph, Archange Gabriel), celle-ci porte sur son linteau la marque bien connue : I.H.S. qui sont les initiales de la phrase “Jesus Hominum Salvator” (Jésus Sauveur des Hommes). Une marque loin d'être unique dans notre secteur.

Portrait de Ignace de Loyola (1491-1556), fondateur de la Compagnie de Jésus (Les Jésuites), on y voit distinctement le monogramme IHS ainsi que les trois clous
Portrait de Ignace de Loyola (1491-1556), fondateur de la Compagnie de Jésus (Les Jésuites), on y voit distinctement le monogramme IHS ainsi que les trois clous

En lorgnant sur les murs extérieurs de l’Hôpital, j’ai remarqué d’autres marques analogues, cette fois gravées dans la pierre calcaire du bâtiment. Ces inscriptions / dessins sont communément désignés sous le nom de “graffiti”, ce mot est en fait le pluriel du mot latin “graffito”. Ce terme est employé pour la première dans le Dictionnaire de la Langue Française de 1872-1877 d’Emile LITTRE. “Graffito : mot italien employé pour désigner ce qu’on trouve écrit sur les murailles, dans les villes et les monuments de l’Antiquité”.

Comme la Compagnie de Jésus, plus connue sous le nom de Jésuite, a adopté ce monogramme en l’associant au cœur et aux trois clous, le pas serait vite franchie d’y voir un signe tangible de leur présence dans cet établissement. Or à ma connaissance rien ne permet d’affirmer cela pour l’Hôpital de Seclin, ni d’ailleurs de totalement écarter cette hypothèse. Pourtant, il est certain que le symbole IHS n’est pas leur apanage, ainsi trouve-t-on ce passage dans un journal de 1828 : « Ce monogramme n’est point particulier aux Jésuites, puisqu’il se trouve dans beaucoup d’églises qui ne leur ont pas appartenu, et qu’il est d’usage de le mettre sur les hosties à consacrer (…) Enfin il y a une chose décisive sur le monogramme, c’est qu’il en usage dans les églises même qui appartiennent aux protestants : on le lit sur la plupart des églises à Londres, il n’est pas vraisemblable que ce soient les Jésuites qui l’y aient mis. » 1 

Hôpital Notre-Dame de Seclin : l'appentis de la Salle des Malades
Hôpital Notre-Dame de Seclin : l'appentis de la Salle des Malades

Pour l’Hôpital, il est permis d’y voir une marque de dévotion des Sœurs Augustines, voir pourquoi pas un signe visible et durable d’acceptation de leur vocation. Ces deux graffitis IHS se trouvent sous l’appentis qui longe le mur qui donnait un accès secondaire vers la Salle des Malades. Les Religieuses l’empruntaient au XVIIe puisqu’il faisait le lien (à couvert) entre leur logis et la salle où elles officiaient en tant que soignantes. On peut même aller jusqu’à penser qu’une novice grava ce symbole quelques minutes avant le grand saut dans la Communauté car on sait que les trois clous sont des références aux trois vœux : obéissance, pauvreté et chasteté.

Les murs de la Collégiale Saint Piat portent également quelques graffiti dont un IHS. Celui-ci est inconnu du grand public puisqu’il faut pour cela emprunter un petit escalier en colimaçon de la petite tour menant à la charpente. Les marques sont assez nombreuses, entremêlées. Une étude épigraphique complète serait bien nécessaire pour toutes les référencer.

Parmi elles, l'une a particulièrement attiré mon attention : GUILBERT ainsi que la date de 1635. Pour celles et ceux qui auraient pénétré dans notre magnifique crypte, vous avez certainement le souvenir des graffiti visibles dans cet espace. L’un d’eux donne quasiment les mêmes informations : GUILBERT RUDDRE 1634. Si l’identité de cet homme reste pour l’heure inconnue, mais il est peu probable que ce ne soit pas un chanoine, son souvenir est double via ces deux marques.

Eglise Saint Martin (Houplin-Ancoisne) - IHS (crédit : Office de Tourisme de Seclin & Environs)
Eglise Saint Martin (Houplin-Ancoisne) - IHS (crédit : Office de Tourisme de Seclin & Environs)

Pour terminer, je ne pouvais oublier de mentionner le plus beau des IHS de notre secteur. Lui aussi est méconnu du grand public. Il se trouve caché de la vue des paroissiens et visiteurs qui connaissent l'église Saint Martin de Houplin-Ancoisne. Pour le voir, il faut pénétrer là encore dans un espace interdit au public. Il est juste derrière la porte menant  à la charpente de l'église.

 

Maxime CALIS - Guide-conférencier - Office de Tourisme de Seclin & Environs - 26 Janvier 2017

 

Note :

      1.   Extrait article journal L’ami de la religion et du roi – Samedi 14 Juin 1828, n°1445.

 


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