Chapitre 5 : La mobilisation, le début de l'occupation

Le 28 Juin 1914 éclate la lointaine nouvelle de l’assassinat à Sarajevo de l’héritier au trône de l’Empire Austro-hongrois. Personne n’imagine que la paix établie en Europe depuis 1871 n’a plus qu’un mois à vivre. Pourtant la situation va vite se gâter. Même le temps n’est pas au beau fixe, on enregistre 15°C en moyenne à Paris en Juillet.

Les nations européennes prises au jeu des alliances militaires et de défense s’engagent l’une après l’autre sur la pente de la guerre. La France républicaine unie au sein de la Triple Entente avec la Russie du Nicolas II et l’Angleterre de George V se voit obligée de les suivre dans une guerre déclarée à leur cousin, l’Empereur d’Allemagne Guillaume II qui lui-même soutient son alliée Austro-Hongrois dans la Triple Alliance (l’Italie, alliée théorique restera neutre avant de finalement rejoindre la Triple Entente en 1915).

Au lendemain de l’assassinat de Jean Jaurès par un nationaliste, les murs de France se couvrent d’affiches appelant à la mobilisation générale pour le 2 Août 1914.
Dès les premières heures de la mobilisation, toutes les parties de la société française s’unissent dans un élan de défense nationale. Cette union de gens, qui quelques mois auparavant défendaient des points de vues diamétralement opposées, sera appelée « l’Union Sacrée ».
On imagine qu’à Seclin, passé le moment de surprise face à la rapidité d’une guerre qui n’était qu’une simple hypothèse peu de jours auparavant, tous ont rejoint ce même mouvement d’unité nationale. On notera peu de cas d’insoumission : 1,5% contre 10% attendus par l’armée.

La nouvelle de la mobilisation est connue à 17 heures le 1er août 1914. C’est le sergent Raoul Prévost qui en est le premier informé.
Les premiers mobilisés se rendent alors vers la gare afin de rejoindre leur casernement. C’est l’heure des adieux. On part encore surpris de l’annonce d’une guerre tant rabâchée mais si souvent annulée à leur minute. Partout, c’est pourtant avec l’espoir de revenir bien vite. Certains parlent déjà de la moisson, d’autres pour la ducasse en Octobre, certains préfèrent se dire que ce sera à Noël. Une guerre courte, fraiche et joyeuse !
A l’image du Seclinois Florent Favier, le soldat de 1914 ressemble encore beaucoup à son aîné de la dernière guerre, celle de l’humiliante défaite de 1870. Mais pourquoi s’en faire ; avec un nouveau Faidherbe, le Nord sera bien défendu.

Mais soudain le péril est tout proche puisque, "par surprise", l’Allemagne vient de rentrer en guerre en passant par la Belgique. Nous sommes le 4 août.
Suivant un plan établi depuis 1905 par le général Schliefen, et actualisé par le général Molkte, les forces allemandes violent la neutralité belge et tentent de contourner ainsi les français qui s’attendaient avec le plan 17 à une attaque par la frontière de l’est.
L'état-major avait pourtant avec le plan Michel établit une défense en protégeant la frontière Nord, mais celui-ci fut non acté de peur de froisser nos voisins belges, neutres.

L’avancée des cinq armées allemandes sur les sept massées aux frontières est fulgurante : Liège puis Charleroi et Mons tombent. Ce sont d’ailleurs là, sur la terre belge, que meurent les cinq premiers Seclinois.
Cette guerre en Belgique donnera lieu à des exactions des troupes allemandes à cause de leur peur viscérale du franc-tireur, le civil armé tirant le dos de la troupe. Ces crimes de guerres seront alors déformés et seront colportés sous le nom «des mains coupées».
Cette guerre en Belgique sera aussi marquée par « des miracles journalistiques », comme la légende «des Anges de Mons» pour le corps expéditionnaire britannique.

Dès la fin du mois d’août, les forces françaises se replient, dont des Vendéens qui passent battus, accompagnés de nombreux civils dans les rues de Seclin. Malgré de courtes apparitions en Septembre, les allemands restent discrets car concentrés vers l’objectif : Paris. Après la bataille de la Marne qui les stoppe, les deux armées remontent l’une à côté de l’autre vers la mer. Ainsi se crée un front continu, derrière les lignes allemandes, une zone occupée, dont Seclin. Nous sommes le 14 Octobre.

Le 49e Bataillon de Chasseurs à Pied

S’il en est fait mention, c’est qu’il fut constitué début août à Seclin, au Fort Duhoux et qu’il était entièrement composé de nordistes. Ce bataillon combattit toute la durée de la guerre : de la Marne à Verdun, en passant par les fronts de la Somme, de l’Aisne et de l’Alsace-Lorraine. Il ne mettra l’arme aux pieds qu’une fois en Allemagne et sera dissous le 31 Mars 1919.
Mais avant toute cette aventure, replaçons ce bataillon et ses hommes aux premières heures de cette guerre que personne ne pensait si longue.
«Le 3 Août, les réservistes arrivent nombreux. Presque tous sont d’ailleurs de la région : ce sont des «gars du Nord», de cette race forte, physiquement et moralement, et dont l’éloge n’est plus à faire. (...) Seclin connaît une animation à laquelle il n’est certes pas habitué. Les chasseurs sont cantonnés en ville ; les écoles sont occupées. On habille et on équipe les réservistes (...) et en quarante-huit heures le bataillon est constitué. Bien des petites choses ne sont pas parfaites (...) il n’y a pas de petites jambières pour tous, mais peu importe, il y a des guêtres en toile blanche (...) L’homme du Nord est coquet, et c’est en guêtres blanches qu’il veut recevoir le baptême du feu. Ainsi formé, le bataillon va recevoir son armement à l’arsenal de Lille. (...) Le 10 Août arrive l’ordre de départ. Les gars du Nord vont quitter leur pays (...) abandonnant leurs foyers et leurs familles qui tombent presque aussitôt sous la domination de l’ennemi» (1).

 

Source 1 : Capitaine Graindart - 49e BCP 1914-1918 Historique - Lille - 1930

Maxime CALIS - Guide-conférencier et Animateur Tourisme - Novembre 2014.

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